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4 types de rapports à l’écologie

Opinion Texte

4 types de rapports à l’écologie

4 types de rapports à l’écologie

les différents rapports à l'écologie dans notre société actuelle

À travers cet article j’ai choisi de décrire quatre profils types de personnes dans leur rapport au monde vis à vis des problématiques environnementales de notre siècle. Quand je parle de problématiques environnementales, il peut s’agir du dérèglement climatique, de la pollution en tout genre, de la perte de biodiversité ou encore des problèmes de disponibilité des ressources (approvisionnement en matières, fossiles, minerais, etc.). Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive, il s’agit simplement de grands profils types que j’ai pu observer.

NB : cet article a été écrit sans jugement, l’objectif étant de décrire un état de faits.

1 – Les adeptes du technosolutionnisme

Le technosolutionnisme consiste à imaginer que la science et l’innovation ne connaissent pas de limites et vont donc par conséquent résoudre les grandes problématiques de notre siècle. En général, ces personnes pensent qu’il est par exemple tout à fait envisageable de concilier croissance, capitalisme libéral et écologie. Les solutions envisagées portent donc autant sur l’énergie de la fusion nucléaire, l’hydrogène, la géo-ingénierie (captation du carbone par exemple) que sur des économies circulaires technologiques (plastique recyclé, matériaux organiques, etc.). Cette catégorie de la population n’est en général pas insensible aux problématiques environnementales mais les voit plutôt comme des défis pour améliorer la science et la technologie. Je pense par exemple à des noms comme Bill Gates qui pense que l’agriculture peut se « verdir » grâce à l’intelligence artificielle, Elon Musk avec les voitures électriques Tesla ou encore le Dr Laurent Alexandre en France qui se qualifie d’« anti-collapsologue ».

2 – Ceux qui s’en foutent, qui n’y croient pas ou qui relativisent

Je ne sais pas quel pourcentage représente cette catégorie de la population. Les verbatims inhérents à ce positionnement sont souvent les mêmes : « on est des fourmis à l’échelle de l’univers », « des réchauffements climatiques il y en a déjà eu par le passé », « notre impact par rapport aux chinois est négligeable donc on va pas se priver pour rien », « l’homme s’est toujours adapté », « il y a déjà eu des extinctions de masse, la planète va s’en remettre ».

Deux phénomènes sont à l’œuvre pour expliquer ce type de réactions :
– La peur et le sentiment d’inconfort face à des certitudes complètement bouleversées par les constats actuels. Quand on a grandi dans les années 1960 avec pour horizon la croissance, la technologie et l’abondance, ce doit être difficile d’admettre le caractère « utopique » de ce paradigme révélé par l’évolution actuelle des choses (dérèglement climatique, pic de production des matières premières, etc.). Il suffit pour cela de regarder des reportages INA sur l’imaginaire des enfants à cette époque à propos de leur vision des années 2000 comparée à l’imaginaire des enfants actuels sur l’avenir. Il peut s’agir aussi de personnes dont le statut confortable dans la société repose sur un paradigme non compatible avec les mesures à prendre.
– La méfiance vis à vis des institutions, en particulier politiques. Je crois qu’on ne peut pas en vouloir aux différents peuples de se méfier des représentants politiques qui sont régulièrement accusés ou du moins suspectés à minima de malhonnêteté et d’intentions manipulatrices. Cette méfiance se répercute sur toute institution représentant une forme de pouvoir ou d’influence, y compris le consensus du GIEC par exemple sur les questions environnementales.

3 – Ceux qui ne s’en foutent pas mais qui sont soit dans la dissonance cognitive soit dans la fatalité

Je ne connais pas non plus le pourcentage de la population concerné par ce cas mais je crois qu’il s’agit d’une fraction conséquente du camembert.

Beaucoup de personnes se retrouvent dans ce cas de figure car il me semble très difficile, une fois les constats environnementaux intégrés, de se mettre véritablement en action et ce pour plusieurs raisons que j’explique un peu plus bas. Or si l’action ne peut pas suivre le constat, le rapport à l’écologie se matérialise soit par une forme de déni qui s’incarne en dissonance cognitive, soit par la fatalité (« de toute manière on est foutus »). De petits écogestes pourront être observés ici ou là (tri des déchets, légère baisse de la consommation de viande) mais un changement en profondeur s’avère trop fastidieux.

Alors pourquoi est-ce difficile de véritablement se mettre en action ?

Je vais vous donner deux exemples, l’un personnel et l’autre professionnel.

1- L’exemple personnel
Votre bande d’amis a la chouette idée de se rendre à Minorque pour les vacances, ce qui laissera pour vous y rendre l’option de l’avion ou l’option du combo train + ferry. En ce qui concerne l’avion, le voyage dure deux heures et coûte en moyenne 150 € aller-retour. Pour la deuxième option, beaucoup plus écologique, à savoir le train associé au ferry, il faut compter au moins 24h de voyage et 400 € aller-retour. Il faut être sacrément mais alors sacrément sensible à la question environnementale pour ne pas se laisser tenter par la première option.

2- L’exemple professionnel
Que veut dire « se mettre véritablement en action » ? Quand on a compris et intégré les constats sur les questions environnementales, on sait que le vrai changement, celui qui aura du poids, celui qui s’absout du greenwashing, c’est de transformer l’origine de ses revenus et donc pour le commun des mortels, son métier. Car oui, la plupart des métiers actuels ne sont pas compatibles avec un monde qui s’harmonise sur le plan écologique. Alors admettons que l’on veuille changer de travail par exemple pour embrasser un métier plus « écologique ». Les rouages du système actuel font qu’il est très difficile d’avoir une activité économique qui permet de concilier confort de vie financière et écologie (écologie véritable hein ! Pas les projets de green washing type SUV éléctrique ou compensation carbone pour les trajets aériens). Par exemple, les agriculteurs qui souhaitent transformer leur activité pour proposer de l’élevage artisanal ou de la permaculture peinent à se convertir en raison du mode de fonctionnement actuel de l’agroalimentaire qui favorise les acteurs conventionnels du secteur. Pour les métiers plus digitaux, l’équation est tout aussi complexe car la tertiarisation massive qui permet l’existence aussi répandue des « emplois de bureau » doit sa survie à l’énergie fossile (voir les conférences de Jean-Marc Jancovici pour comprendre ce point). Si je résume, travailler au sein d’un projet qui « fait de l’argent » tout en s’intégrant dans le cadre d’un monde décroissant est possible mais n’est pas une mince affaire.

Se mettre véritablement en mouvement d’un point de vue personnel et professionnel nécessite alors un ou plusieurs ingrédients ci-dessous :

  • une forte sensibilité environnementale innée
  • une éducation et/ou un entourage très concernés
  • beaucoup d’indépendance d’esprit et de courage

Il s’agit en général de la dernière catégorie, décrite ci-dessous.

4 – Ceux qui se mettent en marche pour changer la société en profondeur et qui ne croient pas au technosolutionnisme

La dernière catégorie représente l’ensemble des personnes qui ont pris conscience des enjeux environnementaux et qui essayent d’incarner un véritable changement dans leur vie sans la perspective d’un sauvetage technologique.

Cela regroupe des profils variés, entre ceux par exemple qui sont portés uniquement sur le réchauffement climatique et ceux qui réfléchissent aussi aux problématiques de disponibilité des énergies et des matières premières comme les membres du Shift Project.

Ces profils peuvent être ceux :
– des étudiants de grandes écoles qui manifestent lors de cérémonies de remise des diplômes leur refus de travailler pour des grands groupes qu’il considèrent comme nocifs pour l’avenir
– des ingénieurs et de manière plus générale toutes ces personnes qui se reconvertissent vers des métiers ruraux, paysans ou d’artisanat
– de tous ces gens qui choisissent de bâtir des projets alternatifs permettant d’éveiller les consciences

Deux petites remarques par rapport à ces catégories :

– Il y a aussi ceux qui ont toujours eu une vie écologique, sans même le conscientiser. Des personnes par exemple qui ont toujours vécu à la campagne, sobrement, avec des habitudes paysannes transmises par leurs anciens ou encore des gens dont le métier est sobre par nature (professeur de piano par exemple !).
– Il y a des profils de personnes qui appartiennent à plusieurs catégories. À titre d’exemple, il y a des gens qui relativisent les impacts du changement climatique et qui par ailleurs pensent donc que ce problème finalement « pas si grave » est encore plus facilement résoluble par la technologie.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Cela fait longtemps que je voulais écrire un article à ce sujet car ce que je remarque entre ces différentes catégories de personnes, c’est que l’écart de représentation du monde se creuse au fur et à mesure. C’est particulièrement le cas entre la première et la dernière catégorie. Entre ceux qui se passionnent pour les projets technologiques en tout genre et ceux qui réfléchissent à une société beaucoup plus sobre et résiliente face aux pénuries de minerais et d’énergie à venir, l’intersection de leurs champs de représentation s’amincit.

Je vais prendre mon cas personnel pour conclure. Je me sens aujourd’hui très éloigné d’une partie significative de mes anciens collègues ingénieurs / camarades d’écoles. Quand je les vois sur LinkedIn partager leurs nouveaux projets d’intelligence artificielle, de blockchain ou encore de cybersécurité dans la cryptomonnaie, je me sens quelque peu éloigné de leurs préoccupations quand de mon côté, je crois qu’il faut allouer notre énergie à retrouver de la sobriété heureuse dans nos interactions. Pour en savoir plus sur ce sujet et prolonger cet article, je vous invite à lire cet article.

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