Il est aujourd’hui très commun d’entendre, dans les médias, le monde entrepreneurial ou le monde politique, des narratifs expliquant à quel point l’intelligence artificielle surpasse les capacités cognitives humaines.
Des pseudos experts comme Laurent Alexandre ou des « philosophes » médiatiques comme Luc Ferry tentent de nous faire ingérer l’idée selon laquelle nous allons dans le futur être complètement largués par l’IA, tellement plus efficace et intelligente que notre pauvre petit cerveau d’hominidés.
J’ai quelques réserves à ce sujet que j’aimerais vous détailler dans cet article.
PS : le mot “réserves” est ici un euphémisme.
Je vais directement rentrer dans le vif du sujet.
Ces gens-là oublient un critère fondamental dans l’évaluation d’une technologie ou d’un outil : le rapport coût / bénéfices.
Certes, l’IA est capable d’ingurgiter, stocker, trier, exploiter des quantités gigantesques de données avec une vitesse de traitement inégalable. Elle produit ainsi des résultats extrêmement impressionnants en un temps record.
Mais dans n’importe quel projet/entreprise/outil, on met toujours en perspective le résultat obtenu par rapport aux ressources employées, au prix dépensé et à la durabilité de la solution en question.
Quand vous faites des travaux chez vous, vous calculez le compromis optimal entre la qualité du résultat et le coût du chantier.
Pour citer un autre exemple bien connu, le concorde à la fin du siècle dernier était un avion impressionnant pour l’époque capable d’assurer un trajet Paris – New York en seulement 3h30. Il a cependant fini par être abandonné car, entre autres, la vitesse impliquait des dépenses de carburant trop élevées pour que le projet reste soutenable financièrement.
L’IA est bien entendu très différente du Concorde dans la nature des services qu’elle propose mais risque de subir le même sort.
Car oui certes l’IA bat systématiquement l’humain au jeu de Go (jeu de stratégie combinatoire), détecte mieux les cancers, écrit des poèmes et génère les mails à notre place.
Mais l’IA :
- Fonctionne grâce à des quantités conséquentes de serveurs qui stockent les données et les programmes algorithmiques nécessitant une énergie électrique colossale et devant être régulièrement refroidis (le refroidissement nécessitant également de l’énergie, en général fossile). En termes d’ordre de grandeur, afin de donner un cas de figure concret, l’IA développée par Google dans le cadre de la partie de Go contre des êtres humains « tournait sur un énorme réseau d’ordinateurs et de cartes graphiques qui avaient une consommation électrique globale de 150 000 Watts ». Par comparaison, un chargeur de téléphone portable nécessite en moyenne une alimentation de 5 watts. On rappellera ici que l’énergie électrique disponible dans le monde est produite à plus de 50 % grâce à l’énergie fossile.
- Est constituée de pièces électroniques (puces, transistors, etc.) nécessitant des associations très complexes de matériaux provenant des 4 coins du monde et extraits de la croûte terrestre grâce à l’énergie fossile. Ces matériaux ne sont pas renouvelables et mettent longtemps à se dégrader.
- Est enchâssée dans une structure non mobile (ordinateur).
Par comparaison, le cerveau humain :
- Fonctionne avec seulement 20 watts (même niveau d’énergie par seconde qu’une ampoule, autrement dit très peu). Pour l’IA du jeu de Go je le rappelle, l’énergie déployée était de 150 000 Watts, soit 7500 fois plus.
- Emploie une énergie provenant des aliments comestibles dans la nature (autrement dit la nourriture que l’on mange), c’est à dire facilement disponible localement et renouvelable.
- Est constitué de minéraux disponibles en abondance partout sur la planète, ultra bio dégradables et dont la décomposition produit de la terre fertile au bout de quelques années.
- Est enchâssé dans un corps mobile et polyvalent.
Par conséquent, si l’on considère l’IA uniquement sous le prisme du résultat, alors le débat est tranché, sur un certain nombre de disciplines, le cerveau humain ne peut pas concurrencer la machine.
Mais si l’on considère l’ensemble des paramètres d’évaluation d’un outil, démarche indispensable si l’on veut que ce dernier prospère dans le temps, l’IA a un rapport coût bénéfices à mon sens beaucoup moins avantageux que le cerveau. Le coût de l’IA est d’ailleurs tellement élevé qu’elle risque de subir une véritable décroissance de ses performances au XXIème siècle, notamment en raison du déclin géologique des ressources qui permettent son fonctionnement.
La raison de cette supériorité du cerveau est soit dit en passant très claire à mes yeux. Notre organe cérébral est issu de l’intelligence non pas artificielle mais “naturelle”. Comme vous le savez probablement, l’évolution fonctionne par mutations hasardeuses et sélectionne les mécanismes et espèces les plus adaptés au fil du temps. Étant donné la jeunesse de notre espèce, le cerveau est le fruit de milliards d’années d’optimisation biologique. Dans cette quête mystérieuse, la nature est parvenue à un outil au rapport coût/bénéfices difficilement égalable. D’ailleurs, on a beau construire des fusées et tout un tas d’objets incroyables, on ne sait toujours pas comment fabriquer ne serait-ce qu’une cellule basique. Autrement dit, si la nature n’a pas produit un système vivant semblable à l’IA telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est que l’IA fait l’objet de lacunes conséquentes pour durer dans le temps.
Voilà, cela faisait longtemps que je voulais écrire cet article. Seulement si vous êtes arrivés jusque-là, vous devez vous dire “mais quel rapport avec Le Temps des Savoir-Faire” ?
Premièrement, les conclusions du paragraphe précédent invitent à l’humilité et forcent l’admiration devant la beauté de la complexité de la nature. Or c’est l’un de nos objectifs principaux à travers nos ateliers que de faire découvrir cette beauté ainsi que le génie des écosystèmes qui nous entourent. Génie auquel nous appartenons d’ailleurs puisque nous sommes également le produit de cette nature. Nous appartenons à cette nature mais nous ne pouvons pas nous en rendre maîtres puisque, comme nous l’avons montré à travers cet article, nous n’avons pas la capacité de rivaliser avec sa complexité établie par des milliards d’années d’évolution. Cette invitation à l’humilité est, je trouve, apaisante. Au Temps des Savoir-Faire, nous tentons de transmettre cette paisibilité.
Deuxièmement, je suis passionné par les savoir-faire qui optimisent ce fameux rapport coût bénéfices. Si je prends l’exemple de la vannerie parmi les savoir-faire que l’on enseigne, on retrouve une performance globale très intéressante. Voyez plutôt :
- La matière première est naturelle, abondante et facilement disponible localement. Pour vous en convaincre je vous invite à participer à notre atelier d’initiation à travers lequel je fais découvrir les plantes à vannerie locales.
- Le matériel utilisé (couteau, sécateur) est très économe, durable et recyclable.
- Le résultat obtenu peut être très varié (paniers, chapeaux, chaises, landau, luminaire, décoration etc.), esthétique, durable, réparable et ultra bio dégradable.
J’espère que cet article vous a plu, si vous souhaitez m’en faire un retour ou bien apporter la contradiction, n’hésitez pas à me contacter 😉






