Laissez moi vous présenter trois super lianes de nos régions, implantées sur le territoire français et utilisées pour la vannerie depuis des millénaires. Je vous propose aujourd’hui de les passer en revue afin d’en évaluer leurs avantages et inconvénients, ce qui vous permettra peut-être de mieux les choisir en fonction de ce que vous souhaitez réaliser comme création.
Pour cela, nous avons besoin de comprendre les critères indispensables pour qu’une plante soit considérée comme adaptée à la vannerie.
Voici les 5 commandements à retenir.
Tu seras longue – pour la plupart des ouvrages, on cherche des brins/tiges/feuilles/sections dont la longueur est comprise entre 1 et 3 m.
Tu seras homogène – idéalement, sauf indication contraire pour une partie spécifique d’un panier, il faut chercher par exemple des brins dont le diamètre est relativement semblable sur toute leur longueur.
Tu seras belle – tous les goûts sont dans la nature, ce qui rend cette dimension subjective. Mais quand même ! Il y a des impondérables. Il faut que l’apparence, la forme et les couleurs de la tige vous donnent envie de la tresser et de l’ajouter à votre panier.
Tu seras souple – évidemment, c’est l’un des critères fondamentaux de la vannerie. Étant donné que l’on applique des mouvements sinusoïdaux, de rotation, de bifurcation, parfois d’angle droit aux brins, il vaut mieux qu’ils puissent le supporter. Le niveau de souplesse dépend de la partie du panier concernée. Certaines étapes ne nécessitent pas d’utiliser des végétaux extrêmement souples (l’ossature par exemple) tandis que d’autres rendent obligatoire une sélection minutieuse de tiges particulièrement souples.
Tu seras résistante – jusque-là, une plante pourrait respecter l’ensemble des critères précédents et pourtant ne pas être adaptée à la vannerie. Il faut ajouter à tout ce que l’on a mentionné depuis le début la résistance. Eh oui ! Étant donné que l’on tire sur les tiges lors du tressage, il faut qu’elles puissent résister à ces mouvements de traction.
Maintenant que l’on a fait le point sur ces fameux commandements, confrontons les à nos 3 lianes du jour.
#1 La clématite sauvage
La clématite est une liane très facile à reconnaître une grande partie de l’année en raison de ses pompons blancs ! Les graines sont entourées de poils soyeux qui peuvent presque faire penser à du coton qui se balade dans les haies. À ce propos les meilleurs endroits pour trouver de la clématite sont les haies, les grillages, les lisières de forêts, les clairières.

Avantages
=> La clématite peut être très longue, certaines tiges peuvent parfois garder une grande homogénéité sur 4 voire 5 mètres, ce qui est extraordinaire. Cela permet de réduire considérablement le temps de récolte.
=> Elle est également extrêmement souple. J’ai beau avoir fabriqué de nombreux ouvrages avec la clématite, je suis à chaque fois émerveillé par sa souplesse naturelle. Sans préparation ni traitement, même une tige épaisse de 5-6 mm de diamètre peut supporter un tour autour du doigt sans problèmes. Et la réalisation sans craquer d’un tour autour du doigt n’est pas anodine, la grande majorité des tiges ne peuvent pas supporter ce type de manipulation !
=> Elle est d’une résistance à toute épreuve. Si vous organisez l’anniversaire de votre enfant et que vous avez oublié la corde pour le fameux jeu du tir à la corde, allez chercher une clématite et le tour est joué !
=> Son rendu esthétique est je trouve particulièrement satisfaisant en raison de la régularité des tiges et de leur couleur jaune blanche. Pour un œil non averti, vous pourriez faire croire que votre panier en clématite est un panier en osier.
=> La clématite peut être compactée en cerceaux de quelques dizaines de cm de diamètre, ce qui facilite considérablement son utilisation et permet même de faire de la vannerie dans un appartement. Vous conviendrez qu’il est plus facile de stocker des cerceaux de 20cm de diamètre que des tiges de 4m. Idem pour la réhumidification, si vous faites sécher la matière, vous devrez la réhumidifier dans de l’eau pour l’assouplir et l’utiliser. Pour la clématite, il vous suffit d’une grande casserole puisque vous avez compacté les tiges en cerceaux. Elle est pas belle la vie ?
Inconvénients
La perfection n’est pas de ce monde, chaque plante à vannerie a ses petits « inconvénients ».
Pour la clématite, je dirais qu’il s’agit :
=> Du temps de préparation lié à l’écorçage. Il faut écorcer au minimum la première écorce et parfois les deux (soit après un passage dans de l’eau bouillante soit à la main quand la saison le permet).
=> De la dureté de ses nœuds qui imposent une certaine précaution quant à leur manipulation. Autrement dit, si vous devez réaliser une opération un peu sensible qui exige une grande souplesse, vous ne pourrez pas ou difficilement la réaliser sur un nœud. Heureusement, les nœuds représentent uniquement un faible pourcentage de la longueur de la tige.
Parties réalisables d’un panier
Tout ! Il est possible de réaliser l’ensemble d’un panier uniquement en clématite puisqu’elle peut servir pour l’ossature et le corps du panier.
#2 Le lierre grimpant
On ne présente plus le lierre grimpant, cette fameuse liane qui s’agrippe à tout support lui permettant de prendre de la hauteur pour atteindre la lumière grâce à ses petites pattes ventouses. À ce propos, contrairement aux idées reçues, ce n’est absolument pas un parasite pour les arbres, bien au contraire.

Avantages
=> Le lierre grimpant ne requiert pas de préparation. Pas d’écorçage ou de nettoyage des aiguillons par exemple. C’est donc une belle économie de temps !
=> Ses jeunes tiges font preuve d’une grande souplesse et peuvent parfois même supporter sans broncher le tour autour du doigt.
=> Le rendu esthétique est intéressant et donne un cachet rustique au panier avec des dégradés naturels de gris, marron et vert.
=> Le lierre grimpant peut également être stocké en cerceaux.
Inconvénients
Je dirais que le seul « inconvénient » du lierre grimpant, à mon sens, est la variabilité des formes prises par la plante. Le lierre qui entoure les arbres est par exemple souvent inapproprié pour la vannerie. Il faut plutôt chercher des murs/grillages/haies en processus de colonisation par le lierre qui va tomber en formant des espèces de cascades. Ce peut être aussi le lierre au sol dans la forêt qui trace en formant de longues tiges homogènes. Mais pour ces deux cas, il existe tout de même une variabilité des tiges qui allonge le temps de récolte.
Parties réalisables d’un panier
Tout ! Comme la clématite, il est possible de réaliser à la fois l’ossature et le corps du panier. J’ajouterais en bonus évidemment les magnifiques couronnes de Noël réalisables en tressant le lierre sous forme de cerceau.
#3 La vigne vierge
La vigne vierge est souvent connue pour sa capacité à recouvrir et habiller les maisons. Ses feuilles se parent également de magnifiques couleurs à l’automne avant de rapidement tomber.


Avantages
=> La vigne vierge peut être longue, moins que la clématite mais tout de même, une longueur tout à fait honorable qui peut atteindre plusieurs mètres tout en restant relativement homogène.
=> Lorsque vous êtes sur des spots à vigne vierges, comme chez moi, les quantités de tiges sont astronomiques, ce qui simplifie la récolte.
=> Elle ne nécessite quasiment pas de préparation, sauf si vous souhaitez atténuer quelque peu ses noeuds, point que je détaille dans la catégorie des inconvénients juste en dessous.
=> La vigne vierge, comme les deux autres, peut être stockée en cerceaux.
Inconvénients
=> La vigne vierge est nettement moins souple que le lierre grimpant ou que la clématite. Elle l’est tout de même rassurez vous mais ne peut pas concurrencer sur ce terrain les deux premières qui sont, il faut le reconnaître, de petits bijoux.
=> Les nœuds ne sont pas très homogènes et peuvent parfois altérer la qualité du tressage. Personnellement, je les taille légèrement pour rendre l’ensemble de la tige plus lisse et homogène. Pour voir comment je procède, voici une vidéo qui vous l’explique : https://youtube.com/shorts/6wHbnxxlNiw?si=tPTOrmHYDwI9pdSY
Parties réalisables d’un panier
Peut-être qu’en utilisant quelques artifices il est possible de réaliser l’ensemble d’un panier mais ce ne sera pas une partie de plaisir. Je trouve que la vigne vierge est plutôt adapté au tressage des parois d’une corbeille à pain par exemple ou d’un panier à fond plat comme sur la vidéo du lien ci-dessus.
Voilà pour ce petit topo sur ces 3 lianes de nos régions qui j’espère vous a plu ! C’est tellement satisfaisant de savoir que toutes ces merveilles poussent naturellement au pied de nos maisons, qu’elles sont à la fois de véritables vectrices de biodiversité et en même temps des alliés incontournables de la vannerie sauvage.
Si vous souhaitez découvrir tout cet éventail de plantes à vannerie et vous initier à une pratique accessible, je vous recommande notre atelier d’initiation de 3h : https://www.letempsdessavoirfaire.com/sorties/initiation-a-la-vannerie/
Bon tressage ! 🌿






